Aux États-Unis, les données stupéfiantes sur l’emploi en mai augurent-elles une reprise en V?

Le dernier rapport mensuel sur l’emploi aux États-Unis relève de l’exceptionnel – les données économiques étonnamment solides prennent même au dépourvu les économistes les plus optimistes et provoquent un rebond massif sur le marché boursier. Ces données changent-elles la donne à tel point que les investisseurs et les autorités devraient considérer la pandémie d’un nouvel œil?

Si les nouvelles sont bonnes, tant mieux!

Aussi prudents que nous puissions être à l’égard des perspectives économiques à moyen terme, le rapport de mai sur l’emploi publié vendredi contient une foule de données encourageantes que tout intervenant devrait intégrer à ses perspectives économiques pour les États-Unis. En bref, nous sommes désormais plus optimistes à l’égard de la reprise économique à court terme.

Selon nous, la première phase de la reprise s’est maintenant fermement amorcée – nous observons un rebond initial en V qui se poursuivra au cours des trois prochains mois. Comme un ballon de plage relâché de la pression qui le maintenait sous l’eau, l’économie pourrait parfaitement s’envoler avec un dynamisme exceptionnel en récupérant la plupart – mais non la totalité – du terrain perdu sous l’influence de la COVID-19.

« Fondamentalement, la réaction du marché aux données publiées vendredi – hausse des taux et rebond des actions, ne s’accompagnant pas d’un raffermissement du dollar américain – nous semble de bon augure en ce qui concerne l’appétit pour le risque à court terme. »

Au cours de cette période, bon nombre d’autres économistes (dont nous) seront probablement pris au dépourvu par l’intensité du rebond initial; sachez toutefois que l’étape suivante de la reprise sera – à notre humble avis – nettement plus éprouvante lorsque l’accélération ralentira fortement et commencera à faire pression sur les marchés des capitaux. Les perspectives ne sont donc pas tout à fait aussi réjouissantes que nous le souhaiterions, mais profitons des beaux jours tant qu’ils durent.

Cela dit, le taux de chômage a atteint son point culminant à 13,3 %¹, ce qui est indéniablement préférable au taux de 19,0 % que l’on prévoyait pour les États-Unis, et il faut absolument le reconnaître. Fondamentalement, la réaction du marché aux données publiées vendredi – hausse des taux et rebond des actions, ne s’accompagnant pas d’un raffermissement du dollar américain – nous semble de bon augure en ce qui concerne l’appétit pour le risque à court terme.

La situation est toutefois encore loin d’être rose sur ce marché du travail

En rétrospective, il est utile d’essayer de comprendre comment les économistes se sont collectivement autant mépris à propos du marché du travail américain et les leçons que nous pourrions en tirer. Voici ce que nous pensons : Les données récentes ont beau indiquer que le pire des reculs sur un mois s’est produit à la mi-avril, aucun des indicateurs avancés habituellement fiables de l’activité sur le marché du travail (p. ex., sous-indices ISM, sondages NFIB sur les petites entreprises) ne laissait penser que nous serions témoins de créations nettes d’emploi en juin, sans parler de mai.

Cela souligne en somme à quel point il peut être difficile de se fier aux données traditionnelles en période de turbulence. Même le Bureau of Labor Statistics des États-Unis a insisté sur la difficulté qu’il avait à répartir dans des catégories distinctes les personnes qui occupent un emploi et celles qui sont au chômage. Il a indiqué que si les travailleurs enregistrés comme salariés, mais absents du travail pour d’« autres raisons », avaient été rangés dans la catégorie des personnes mises à pied de façon temporaire, le taux de chômage global aurait été d’environ trois points de pourcentage supérieur au taux déclaré¹. Tout bien considéré, même en prenant les chiffres officiels tels qu’ils sont, nous persistons à penser qu’une certaine prudence s’impose.

Voici pourquoi :

L’économie américaine a récupéré 2,5 millions d’emplois en mai, soit environ 11 % du nombre total d’emplois perdus en mars et en avril². Cependant, pour renouer avec le niveau antérieur à la COVID-19, les États-Unis doivent encore créer 19,6 millions d’emplois. Autrement dit, même si le rythme effréné des embauches se maintenait à son niveau actuel, il faudrait encore 10 mois pour que le marché du travail retrouve le niveau qu’il avait avant d’être frappé par la COVID-19 – et cette probabilité est très hypothétique. Selon nous, les embauches enregistrées en mai correspondent sans doute aux emplois dont le rétablissement était le plus simple. Ensuite, la croissance des emplois devrait considérablement ralentir durant la deuxième phase de la reprise.

« Autrement dit, pour chaque Américain qui travaille, un autre ne travaille pas. »

Il convient également de souligner que le ratio de l’emploi à la population est de 52,3² aux États-Unis. Autrement dit, pour chaque Américain qui travaille, un autre ne travaille pas. Ce qui peut causer d’autres types de problèmes à l’avenir – par exemple, si Washington instaurait une réduction des cotisations sociales pour stimuler l’économie, près de la moitié des Américains n’en tireraient pas profit. La situation pourrait aussi avoir d’importantes répercussions sociales et politiques qu’il convient de surveiller attentivement.

Les investisseurs devraient par ailleurs prêter attention à la durée du chômage, ou au temps qu’il faut à un demandeur d’emploi actif pour trouver du travail. Selon les données d’avril, 60 % des chômeurs étaient sans emploi depuis moins de cinq semaines. D’après le rapport de mai sur l’emploi, la situation de détériore rapidement, puisque 71 % des chômeurs étaient sans emploi depuis cinq à 14 semaines¹. Or, une chose est claire : plus une personne reste longtemps au chômage, plus elle a du mal à retrouver du travail. Au bout d’un certain temps, elle se retrouve prise dans un engrenage destructeur; abattus par les pertes de confiance et le désenchantement, de nombreux travailleurs compétents risquent de baisser les bras. Le phénomène s’est déjà produit – après la crise financière mondiale – et il n’y a aucune raison de croire qu’il ne se reproduira pas.

Et maintenant?

À la lumière du dernier rapport sur l’emploi, nous jugeons plus prudent de concentrer notre attention sur trois éléments au cours des prochaines semaines :

  1. Hausse des taux d’intérêt aux États-Unis

    Le marché boursier semble avoir appris à faire fi des données fondamentales insipides pour se concentrer sur les niveaux historiques des liquidités et des taux d’intérêt ultra-bas de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed); même les économistes que nous sommes comprennent ce qui justifie cette approche. De toute évidence, un affaissement du dollar américain incitera aussi les investisseurs à prendre davantage de risques. Naturellement, les données économiques étonnamment encourageantes ajoutent de l’huile sur le feu; soulignons toutefois que le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans augmente fortement depuis le 2 juin². Si l’incidence que pourrait avoir une hausse des taux obligataires sur le marché boursier ne nous tracasse pas outre mesure à ce stade, nous pensons néanmoins que la Fed se trouvera probablement dans une situation légèrement inconfortable.

    Selon nous, la principale question à laquelle devront répondre les représentants de la Fed au cours des prochains mois est la suivante : La Fed peut-elle justifier le maintien des taux d’intérêt à des niveaux ultras bas alors que l’économie semble amorcer une reprise vigoureuse beaucoup plus tôt que prévu? S’il est parfaitement raisonnable que la Fed fasse référence aux difficultés macroéconomiques actuelles et continue à laisser entendre qu’elle maintiendra les taux à de bas niveaux pendant très longtemps par le biais de ses prévisions, il est peu probable qu’elle puisse présenter des arguments convaincants en faveur du contrôle de la courbe des taux. Il faut s’attendre à ce que les « faucons », partisans de la maîtrise de l’inflation, expriment plus fortement leur opposition à de nouvelles mesures d’assouplissement à mesure que les données économiques s’amélioreront, ce qui entraînera d’autres hausses des taux.

  2. Déception sur le plan budgétaire

    Bien qu’il ne fasse guère de doute que la politique monétaire a grandement contribué à réduire le risque extrême sur les marchés financiers, ce sont, à nos yeux, les dépenses budgétaires qui faciliteront, en définitive, l’extension du potentiel de hausse; il est toutefois plutôt probable que la situation n’évoluera pas beaucoup sur ce front au cours des prochaines semaines.

    Comme la plupart de nos pairs, nous pensons que le gouvernement américain finira par adopter un autre plan budgétaire; cependant, les partisans de la rigueur s’exprimeront sans doute avec plus de force à mesure que les données économiques s’amélioreront, ce qui pourrait restreindre l’ampleur et la portée des nouveaux programmes. Dans l’intervalle, les autorités pourraient bientôt se retrouver dans une course contre la montre pour convenir de nouvelles mesures avant l’arrêt des prestations d’assurance-chômage, fin juillet.

    Le 29 mai, le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a déclaré que le Congrès pourrait se pencher sur un dernier programme d’aide aux personnes touchées par le coronavirus au cours des prochaines semaines3; un retard semble maintenant probable, car Washington se concentre actuellement sur l’apaisement des manifestations à travers le pays. De plus, les principaux intervenants ne s’entendent pas sur l’ampleur et la portée de l’aide nécessaire.

  3. Facteurs macroéconomiques traditionnels à surveiller

    Les données fondamentales traditionnelles semblent être reléguées au second plan pour le moment, mais les problèmes macroéconomiques suivants pourraient entraîner des fluctuations du marché au cours du prochain mois.

Tensions entre les États-Unis et la Chine

En réalité, ces tensions n’ont jamais vraiment disparu, mais la question a été éclipsée par le traumatisme lié à la propagation de l’épidémie de COVID-19. D’après les manchettes publiées la semaine dernière, les tensions s’intensifient. Aucune question macroéconomique ne nous inquiète plus que la possibilité d’une perturbation du commerce entre les États-Unis et la Chine.

Deuxième vague de la COVID-19

La pandémie n’est pas encore derrière nous – nous avons beau être en phase de déconfinement, nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge. Une deuxième vague ne manquera pas de prolonger les difficultés économiques.

Élections américaines

La question des élections présidentielles aux États-Unis occupera une place de plus en plus importante au sein des commentaires sur les placements à l’approche de l’événement de novembre. Les élections attireront certes assurément le plus d’attention, mais il est selon nous tout aussi important de surveiller la composition de l’ensemble du gouvernement. L’issue des élections est rarement prévisible et elle pourrait être encore plus difficile à prévoir dans le contexte actuel. À l’approche du mois de novembre, certains segments du marché pourraient commencer à réagir de façon plus marquée aux sondages d’opinion – et les investisseurs devraient garder cela à l’esprit.

 

1 « Employment Situation Summary », U.S. Bureau of Labor Statistics, 5 juin 2020. 2 Bloomberg, au 4 juin 2020. 3 « Next coronavirus stimulus bill will be the “final one”, Mitch McConnel says », cnbc.com, 29 mai 2020.

Une crise généralisée dans le secteur de la santé, comme une pandémie mondiale, pourrait entraîner une forte volatilité des marchés, la suspension et la fermeture des opérations de change, et affecter le rendement du portefeuille. Le nouveau coronavirus (COVID-19) perturbe ainsi considérablement les activités commerciales à l’échelle mondiale. Les répercussions d’une crise sanitaire, ainsi que d’autres épidémies et pandémies susceptibles de survenir à l’avenir, pourraient avoir des conséquences sur l’économie mondiale qui ne sont pas nécessairement prévisibles à l’heure actuelle. Une crise sanitaire peut exacerber d’autres risques politiques, sociaux et économiques préexistants. Cela pourrait nuire au rendement du portefeuille, ce qui entraînerait des pertes sur votre placement.

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Frances Donald

Frances Donald, 

Directrice générale, économiste en chef, Monde et chef mondiale, Stratégie macroéconomique

Gestion de placements Manuvie

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